30.12.2009
Du pétrole à deux kilomètres de Hendaye…
Sous le titre « La savante découverte d’un chanoine de Toulouse », la Semaine Catholique du dimanche 20 octobre 1922 publiait cet article consacré à l’abbé Estinès. L’ecclésiastique affirmait qu’il pouvait, à coup sûr, détecter les nappes de pétrole ! Presque comme un avion renifleur dont cette affaire d’escroquerie, au détriment d’Elf Aquitaine, s’est déroulée entre 1975 et 1979 en France. Elle a débouché sur un scandale politico-financier en 1983. Il s’agissait du financement très coûteux d’un appareil fantaisiste censé détecter les gisements de pétrole. Un dispositif étant embarqué à bord d'un avion, le simple survol d'une zone aurait suffit à localiser à coup sûr les gisements…
« A Toulouse, rue du Taur, une antique demeure aux épaisses murailles de briques roses. Après avoir gravi un large escalier ancien, nous sonnons. Un ecclésiastique vient nous ouvrir, c’est M. l’abbé Estinès. Nous lui exposons le but de notre visite. M. l’abbé Estinès, dont le visage énergique n’a rien de celui d’un inventeur perdu dans son rêve répond : Je suis confus qu’on fasse attention à moi avant que j’aie remporté des succès décisifs. Mais j’espère que 1923 verra la valeur de ma découverte confirmée par le jaillissement du pétrole en France.
_ Comment avez-vous été amené à étudier et à expérimenter les lois concernant les recherches du pétrole ?
_ Après la découverte du radium par M. et Mme Curie, je fus frappé, en 1905, par cette affirmation d’un physicien anglais : tous les métaux, tous les corps radient. Je me suis mis à étudier la radioactivité, ses effets, et c’est en 1909 que commencèrent mes expériences sur le terrain, par une campagne de quarante jours dans les Cévennes. Au bout de douze années d’études et de tâtonnements, deux fois arrêté par le découragement, je parvenais à mettre mes appareils au point : c’était vers la fin de l’année 1921.
_ Quels renseignements pouvez-vous, aujourd’hui, donner à un prospecteur ?
_ Je puis indiquer, à un mètre près, la profondeur du gisement de minerai et de pétrole… Ne soyez pas surpris : il s’agit d’une science nouvelle, dont les procédés, permettant de déceler la profondeur, n’ont pas leur équivalent dans l’électricité…

_ Existe-t-il des gisements pétrolifères inconnus en France ?
_ Je puis vous dire qu’il y a du pétrole depuis les montagnes de Saint-Gaudens-Aurignac jusqu’à Limoux ; il y en a dans les Corbières, ainsi que dans les Albères (Roussillon), où le première couche est à deux ou trois cents mètres. Je n’ai pas confiance dans les gisements de la Limagne, car les couches de grès, trop minces, ne conservent qu’un pétrole visqueux dont le gaz s’est évaporé. En revanche, il y a du pétrole à Fontarabie, à deux kilomètres de la frontière espagnole. J’ai aussi déterminé la présence de nappes pétrolifères dans le Guipuzcoa (Espagne), alors que nul géologue espagnol de l’y soupçonnait. Je compte, enfin aller bientôt dans les Petites Pyrénées de la Haute-Garonne, et je saurai à quelle profondeur se trouve le précieux liquide. Attendons.
_ Votre conclusion ?
_ C’est que la France aura, un jour, sa provision de pétrole et pourra même la vendre… ».
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25.11.2009
Hendaye, 22 novembre 1892.
L’officier de marine Julien Viaud, dit Pierre Loti (Rochefort 1850 Hendaye 1923), est nommé, en décembre 1891, au commandement de la station navale de la Bidassoa à Hendaye. Il vient d’être élu à l’Académie française face à Emile Zola. A Hendaye le nouvel « immortel » loue la maison « Bakhar Echea » au Dr Durruty. Peu à peu l’illustre écrivain s’imprègne de l’indicible charme du Pays basque. En juin 1893, il quitte le Javelot de Hendaye pour regagner la préfecture maritime de Rochefort. Le 13 mai 1896 le lieutenant de vaisseau Julien Viaud est de nouveau nommé à Hendaye, où il a fait l’acquisition de la maison « Bakhar Echea ». Pierre Loti retrouve ses hommes et son Javelot jusqu’en 1898. Imprégné d’une véritable passion pour le Pays basque et Hendaye, Loti écrit un roman et nombre de nouvelles réunies au sein de divers ouvrages : Ramuntcho, en 1897 (roman dédié à Mme d’Abbadie) ; Figures et choses qui passaient, en 1897 ; Reflets sur la route sombre, en 1899 ; Le château de la Belle au bois dormant, en 1910. Les lignes suivantes sont extraites de son journal intime et ont été, également, publiées dans Figures et choses qui passaient. Comme en cette année 2009, le mois de novembre 1892 était d’une douceur exceptionnelle…
« A certaines heures, longuement amenées, spéciales et rares, le caractère des pays tout à coup se dégage pour nous de l’uniforme banalité moderne. Sous nos yeux, une âme sort du sol, des arbres, des mille choses : l’âme antique des races, qui dormait, affaiblie par le grand mélange universel, et qui, pour un instant s’éveille et plane…
Aujourd’hui 22 novembre, tandis que je suis là seul, à ce point extrême où finit la France, assis sur ma terrasse qui regarde l’Espagne, l’âme du Pays Basque pour la première fois m’apparaît.

Nos contrées d’Europe, hélas ! de plus en plus se ressemblent toutes. Ainsi, depuis un an j’habitais cette Euskal-Herria, sans y avoir découvert rien de bien particulier, sans ne m’être aucunement aperçu que je m’y attachais.
Mais sans doute un lent travail s’était fait en moi-même, une lente pénétration par des effluves basques, et j’avais été préparé insensiblement à comprendre et à aimer.
Aujourd’hui c’est le jour de l’Adoration perpétuelle, et les vieilles églises d’alentour, tant espagnoles que françaises, sont remplies encore de cierges qui brûlent et de cœurs naïfs qui prient. Il fait idéalement beau ; sur la Bidassoa, sur les Pyrénées, sur la mer, partout règne le même calme infini. L’air immobile est tiède comme en mai, avec pourtant cette insaisissable mélancolie de l’arrière automne, indiquant à elle seule que l’année s’en va.
La mer, au loin, luit comme une bande de nacre bleue. Il y a des teintes méridionales, presques africaines, sur les montagnes, qui se découpent au ciel avec une netteté absolue, et qui sont vaporeuses cependant, noyées dans je ne sais quoi de diaphane et de doré. La Bidassoa, à mes pieds, inerte et lisse, reflète et renverse avec une précision de miroir le vieux Fontarabie d’en face, son église, son château fort, roussis par des centaines d’étés ; reflète et renverse toutes les arides montagnes avec leurs moindres plis et leurs moindres ombres, même leurs plus petites maisonnettes, çà et là éparses, blanches de chaux sur ces grands fonds roux. Là haut en l’air, ou bien en bas tout au fond de ce miroir trompeur, les plus lointaines cimes ont une pureté égale. L’immobilité des choses et l’éclat lumineux des teintes donnent à cette côte espagnole un peu de tristesse ensoleillée du Maroc ; aujourd’hui du reste, on sent l’Afrique presque voisine, - comme si les limpidités de l’atmosphère, qui atténuent les distances visibles, avaient eu le pouvoir aussi de se rapprocher de nous.

Et ce grand calme silencieux de tout, cette tranquillité inaltérée de l’air, cette immobilité des lumières douces et de grandes ombres nettes, me donnent d’abord l’impression d’un temps d’arrêt dans le mouvement vertigineux des siècles, d’une réflexion, d’une immense attente, - ou plutôt d’un regard de mélancolie jeté sur le passé, sur l’antérieur des soleils, des êtres, des races, des religions…
Et, dans le vide sonore, de temps à autre tintent les antiques cloches d’église, appelant mieux les hommes aux cultes des défunts, pendant ces recueillements étranges ; Fontarabie, Hendaye, les couvents de moines, sonnent, sonnent, appellent, avec les mêmes timbres vieillis, les mêmes voix qu’aux siècles d’avant.
Sur la Bidassoa, des barques d’allure lente passent d’une rive à l’autre, traînant après elles de longues rides alanguies, dérangeant par places les images renversées de Fontarabie et des brunes montagnes.

Des marins et des contrebandiers qui les montent – figures rudes, imberbes à la mode basque, tête coiffée du traditionnel béret noir – causent en leur langue tant de fois millénaires, ou bien chantent, en fausset nasillard, comme les Arabes, les airs des ancêtres.
Et, dans les sentiers d’alentour refleuris par ce merveilleux automne, entre les haies garnies comme au printemps d’églantines, de troènes et de chèvrefeuilles, les femmes et les jeunes filles se promènent, allant d’une église à l’autre, vêtues surtout de noir, l’épaisse mantille noire abaissée sur le front, comme c’est l’usage ici quand on va prier pour soi-même ou pour les êtres évanouis dans la terre des cimetières…
Alors, tout à coup, tandis que je suis là seul devant ce décor que semble endormir le morne soleil, écoutant sonner les vieilles cloches ou vibrer dans le lointain les vieilles chansons, je prends conscience de tout ce que ce pays a gardé au fond de lui-même de particulier et d’absolument distinct. De l’ensemble des choses et des êtres ambiants se dégage, aux yeux de mon esprit, comme une essence vivante ; pour la première fois je sens exister ici un je ne sais quoi à part, mystérieux – destructible, hélas ! mais encore imprégnant tout et s’exhalant de tout, - sans doute l’âme finissante du Pays Basque… ».
Pierre Loti
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19.11.2009
Une étape festive à Haïçabia…
Le 27 août 1925, un mémorable dîner fut donné en l’honneur de l’inauguration de l’hôtellerie d’Haïçabia, aux confins de Hendaye-Plage et à l’extrémité du golf. Edifiée dans une petite anse du bord de mer, bordée d’un riant ruisseau aux eaux claires, elle perpétuait le nom d’un moulin installé là jadis...

Une construction neo-basque dans un site enchanteur.
« La construction de l’hôtellerie d’Haïçabia, dans un lieu encore inhabité, a été louée par les uns, ceux qui sont imbus de progrès qui comprennent, critiquée par d’autres, ceux qui voient tout en noir et ont l’habitude du dénigrement » aimait rappeler, en 1927, Henry Martinet. Ces propos s’adressaient directement à l’endroit de ses contempteurs et leurs coryphées dont certains siégeaient au sein même de l’équipe municipale…
Des pas de danse dans la rotonde.
La Foncière de Hendaye et du Sud-Ouest élevait peut à peu la cité balnéaire qu’il voulait être rivale de celle de Biarritz ou de Saint-Jean de Luz. Henry Martinet avait choisi d’élever un bâtiment de style basque, poussant le souci d’authenticité régionaliste jusqu’aux détails du mobilier ou des tentures...
La décoration en style basque avait été adoptée.
Tout concourait à faire de ce site, blotti au pied de la future route de la Corniche, un des lieux les plus raffinés de la Côte Basque. Fort de services de cuisine complétés par une rôtisserie et deux grils, l’un pour la viande et l’autre pour le poisson, ce palace se piquait de vouloir, à très court terme, figurer parmi les plus grandes tables du monde ! A l’extérieur deux viviers avaient été aménagés. L’un, baigné par les eaux du ruisseau, rassemblait truites, carpes, anguilles, brochets, tanches. L’autre, alimenté à l’eau de mer, contenait langoustes et homards. Pour permettre à la clientèle huppée d’Haïçabia de prendre des bains, malgré les fonds rocheux, il fut imaginé de créer trois piscines « dans lesquelles le niveau de l’eau sera celui des hautes marées et dont la profondeur variera entre 75 cm et 4 m et qui pourront être vidées et remplies à chaque marée, ou tout au moins, une fois par 24 heures ».

Le projet définitif avec les grands bassins.
Il était prévu que ces piscines fussent entourées de gradins pouvant contenir des milliers de spectateurs en vue de grandes manifestations sportives. « C’est ainsi que la Côte Basque sera pourvue d’Etablissements dont, à notre connaissance, il n’existe jusqu’ici, aucun pendant au monde, si ce n’est en Californie » proclamait fièrement Henry Martinet.
Christian Maillebiau
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